Les lecteurs de Nick Hornby ont souvent fantasmé le magasin de disques dont l'écrivain anglais parlait dans son best-seller « Haute-Fidélité ». Pour certains, cette boutique existait. Elle s'appelait Rennes Musique. L'imparfait est désormais de rigueur car cette institution locale va fermer ses portes le samedi 5
avril.
La rumeur enflait. Patrick Kerhousse, le propriétaire du magasin, l'a confirmée hier :
« La crise que subit le disque depuis 5 ans m'a amené à réfléchir à l'avenir. Être généraliste, travailler les niches musicales, gérer un énorme fonds de stock, c'est devenu impossible. »
Six salariés sur le carreau
Rennes Musique devrait devenir, d'ici quelques mois, un hall d'hôtel. Le coup est rude pour les fans de musique. Mais surtout pour les six salariés de la boutique. La cessation d'activités les laisse sur le carreau dans un contexte sacrément morose.
« J'ai essayé de trouver un repreneur. Mais il n'y a personne pour racheter un magasin de disques pur et dur. »
En cinq ans, le marché du disque a été divisé par deux. Le chiffre d'affaires de Rennes Musique a, lui, baissé de 22 %.
« On souffrait moins que d'autres mais le concept même de disquaire indépendant devient compliqué. »
Patrick Kerhousse n'incrimine pas internet et le téléchargement :
« C'est un des éléments. Mais c'est comme avec l'arrivée du CD en 1983. On prédisait la mort du vinyl. Aujourd'
hui, il représente encore 15 à 20 % de nos ventes. » Il a la dent plus dure contre les majors et leur
« politique d'appauvrissement culturel ».
« La fleur au fusil »Les temps sont durs. Beaucoup plus qu'en 1977, en tout cas.
« J'ai lancé le magasin en partant la fleur au fusil. Il y avait à l'époque un véritable dynamisme. » Entre showcases et dédicaces, le magasin a vu passer Téléphone, Vince Taylor, les Fleshtones, Nina Hagen... ou encore Daho et Tiersen, comme clients.
Surtout, des générations entières ont découvert dans les rayons du Rennes Musique quelques-uns de ces albums qui changent une vie. Parfois sur les bons conseils de vendeurs passionnés.
Forcément, pour les fidèles de la boutique, la pilule est amère.
« Je ne m'attendais pas à tant de réactions, avoue Patrick Kerhousse.
Ça fait plaisir même si cela rend ce moment encore plus dur à vivre. »
Désormais, il compte s'occuper du label TSK Music, fondé en 2002, et signer, après Anaïs et Marie Kiss la joue, de nouveaux artistes. La passion est toujours là, même si une page se tourne.
« Quand j'ai ouvert Rennes Musique, je voulais en faire un lieu de rencontres et d'échanges en offrant un maximum de choix. » Trente et un an après, il peut se dire que, pour beaucoup, il a réussi.
Philippe MATHÉ.
++ Réagissez à la fermeture de Rennes Musique !