Jean et son amie ont trouvé refuge au camping des Gayeulles après avoir été expulsés de leur appartement HLM. Mais l'état de santé de la femme est très précaire. L'ordonnance d'expulsion a été mise à exécution sous la protection de la police. L'office HLM privé précise que « tout a été fait pour trouver une solution mais rien n'a marché. L'expulsion est l'aboutissement d'une procédure très longue. » Auparavant, une réunion avait rassemblé les bailleurs, les services sociaux et les représentants de l'Etat à la préfecture. Le feu vert a été donné pour l'expulsion.
Jean s'est inquiété de son amie qui souffre d'anorexie mentale. Elle sortait de l'hôpital quelques jours avant l'expulsion. Elle ne se nourrit pas, est très faible, marche très difficilement. L'huissier lui a répondu sèchement « de la mettre à l'hôpital ». Jean s'en est scandalisé : « Ce n'est pas un chien quand même. Nous sommes ensemble depuis huit ans et nous ne voulons pas nous séparer. » Après le départ du couple, les déménageurs ont tout emporté, quelques meubles usés que la main pointilleuse de l'huissier a estampillés, pour la plupart, de la mention « HS ». Les documents, qui résument la vie de galère de Jean, ont été mis pêle-mêle dans un sac. Le tout est stocké dans un garde-meuble à Maurepas.
Les deux premières nuits, passées dehors, ont été dures. L'assistante sociale avait bien mis Jean et son amie en garde. Elle avait aussi donné le numéro de téléphone d'un foyer qui accueille les couples. Mais Jean n'a pas réussi à les joindre. Dans les autres centres d'accueil, ils auraient été séparés et il n'en est pas question. « Nous avons dormi dehors à Cleunay. Ensuite, j'ai eu l'idée de camper. Ce n'est pas grand-chose une toile de tente mais, au moins, nous avons un toit au-dessus de notre tête. »
« Ma miss, je veux la garder... »
Un toit, c'est quand même beaucoup dire. Juste une canadienne à deux places. Ces derniers jours ont été humides et froids. La femme y passe ses journées. Lundi, elle a voulu se rendre seule aux toilettes. Un autre campeur l'a trouvée sur le sol. Il a dû la relever. La responsable du camping des Gayeulles, qui a l'habitude d'accueillir les expulsés du printemps à partir d'avril, ne peut s'empêcher de s'inquiéter pour la campeuse. Elle a joint une assistante sociale du quartier pour alerter de la situation. Sans résultat pour l'instant.
Depuis bientôt trois semaines, personne n'est venu rendre visite au couple. Jean, comme l'atteste un certificat signé par un médecin, s'occupe bien de sa compagne. Il est même aux petits soins pour elle. Pourquoi devrait-il la quitter alors ? « C'est toute ma vie. Ma miss, je veux la garder près de moi. Et s'ils voulaient la mettre à l'hôpital, cela reviendrait beaucoup plus cher que de nous trouver un deux-pièces où nous pourrions être heureux. »
Les services sociaux de la ville estiment que « ce cas n'entre pas dans leurs compétences ». Le conseil général n'apporte aucune réponse.
Serge LE LUYER.

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