Alors que le mouvement s'étend ailleurs en France et gagne d'autres universités, à Rennes 2, la mobilisation cherche un second souffle.
« Nous sommes partis trop tôt », analyse une étudiante.L'assemblée générale convoquée à 14 h hier s'éternise. Certains regrettent les interventions fleuves, les redites, l'impression de ne pas avancer.
L'AG peine même à trouver des volontaires pour la coordination nationale, la caisse de grève est vide, et les revendications ne mobilisent pas les foules, bien moins que les perspectives d'action. Car si les étudiants semblent d'accord sur le manque de moyens des universités, la précarité grandissante des étudiants, s'ils s'inquiètent pour leurs diplômes, la lutte manque d'intensité.
« Nous ne sommes que trente en comité d'action, loin des trois cents au moment du mouvement anti-CPE », regrette une étudiante.
« Les profs à dos »Et puis il y a des événements qui divisent, comme
l'irruption mercredi après-midi de 300 étudiants au supermarché de Villejean, ou encore l'occupation de nuit du hall B.
« Ce qui s'y passe est inadmissible. » Des étudiants évoquent les tags, les serrures forcées, les bousculades
. « Quand on vient le matin pour tenir les piquets de grève, ce ne sont pas des étudiants qui dorment là », s'insurge une étudiante.
« Et on se met les profs à dos », regrette un autre.
Jean-Pierre Lethuillier, enseignant d'histoire, qui intervient au nom des personnels, confirme :
« Le mouvement est mortifère, conduit à une impasse. L'unité personnel-étudiant fait problème. Nous demandons des choses simples, la fin de l'occupation, facteur d'affaiblissement, et la levée du blocage total. Il faut trouver d'autres formes pour que le mouvement se développe, agir de manière concertée avec Rennes 1, l'IEP. »L'enseignant évoque un blocage partiel, comme à Reims. Étudiants et enseignants s'organisent ensemble, est venue expliquer une étudiante. Mais les étudiants les plus radicaux veulent continuer d'occuper
« pour organiser des débats, projections, concerts » ; ils voient dans le blocage total,
« la seule forme d'action qui nous permet d'être réunis en masse. » Ils regardent vers le jeudi 19 mars, grande manifestation nationale, et rêvent de convergence avec les quartiers populaires, les salariés, la Guadeloupe et la Réunion.
Deux syndicalistes des îles sont intervenus hier à l'AG, pour prôner la grève générale. Il est presque 18 h, l'heure du vote à main levée est arrivée. C'est très serré. Un second vote est organisé. Le bureau tranche : blocage total,
« à la tribune, on est tous d'accord ». L'évacuation du hall B à minuit est également adoptée. Prochaine AG lundi à 14 h.
Agnès LE MORVAN.