Le 6 novembre, avant même que l'assemblée générale rennaise ne vote, à mains levées, d'une courte majorité, le premier blocage de Rennes 2, l'information circule déjà sur Internet que la coordination nationale aura lieu à Rennes le week-end suivant. Avec en plus, la présence de militants, étudiants ou pas, de Rouen, de Paris et d'ailleurs, le doute s'installe sur le fait que les Rennais sont vraiment maîtres de leurs décisions.D'autres faits nourrissent cette hypothèse. Par exemple, un tract était sorti fin septembre, sur la LRU (loi relative aux libertés et aux responsabilités des universités), qui appelait aussi à des assemblées générales
« en particulier la semaine du 15 au 20 octobre », à la constitution au plus tôt d'une coordination nationale, à une journée d'action nationale le 23 octobre. Il était signé de la Fédération syndicale étudiante, de Sud étudiant, de militants de l'Unef, d'une association d'étudiants de Clermont, des Jeunesse communistes révolutionnaires et de quelques autres.Ce calendrier, décidé loin de Rennes, a été respecté. Le 23 octobre, près de 150 étudiants manifestaient dans la ville. Cette « coïncidence » émeut certains étudiants rennais, y compris chez ceux opposés à la nouvelle loi.Quoi qu'il en soit, les Rennais opposés et favorables au blocage négocient et se mettent d'accord le 7 puis le 8 novembre sur un vote à bulletin secret pour le lundi 12. Patatras ce lundi, la coordination nationale est passée par là pendant le week-end et cette consultation à bulletin secret n'est plus jugée légitime par le noyau dur. Peu importe que ce soit le choix du plus grand nombre, voté en assemblée générale.Marc Gontard, président de Rennes 2, le dit d'une autre manière :
« Pour un certain nombre de militants il est inimaginable que Rennes 2 ne soit pas dans le mouvement. Comme sept ou huit autres universités, Rennes 2 est devenue une pièce importante sur leur échiquier révolutionnaire. »Les grosses ficelles des « totos »Dans cette logique toutes les ficelles, y compris les plus grosses, sont utilisées. Une des plus classiques est de faire durer les assemblées générales trois, quatre heures. Ainsi, quand arrive le temps des votes, les moins motivés sont partis et on peut faire passer quasiment ce qu'on veut. Par sécurité, on interdit aussi aux journalistes d'être à la tribune et donc de pouvoir avoir un regard sur les votes à mains levées.De nombreux étudiants ne sont pas dupes. Y compris ceux qui ont participé à d'autres mouvements. Mais, ils n'osent pas critiquer ce groupe d'une cinquantaine de personnes qui comprend aussi des militants de la Ligue communiste révolutionnaire, de Sud et d'Alternative libertaire. Ils symbolisent une forme de légitimité d'être
« vraiment à gauche ». Finalement, les autres militants, syndiqués ou pas, se sont fait déborder par ces
« autonomes » appelés « totos » par les étudiants.Ce lundi, les « totos » tenteront sûrement une nouvelle tentative de manipulation pour passer outre la consultation faite par Internet et qui a donné 73,6 % d'étudiants opposés au blocage. Dans l'optique de la mise en place de
« la commune de Rennes » et de
« l'objectif révolutionnaire » tous les moyens sont bons, y compris des assemblées générales manipulées considérées comme souveraines. La démocratie devient un détail.
Gilles KERDREUX.
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