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La Biennale d'art contemporain

Édition du mardi 13 mai 2008

Un filet de pêche en forme de Tour Eiffel... grandeur nature

Voici une création monumentale, à la fois insensée et fascinante. Une structure appelée à disparaître

sous l'eau et signée Nicolas Floc'h.

Ses origines bretonnes y sont sans doute pour quelque chose (l'artiste parisien est né à Rennes, il y a 38 ans). Toujours est-il que Nicolas Floc'h imagine un filet de pêche, en regardant la Tour Eiffel, gigantesque entonnoir dont les enchevêtrements de poutres métalliques seraient les mailles. Chiche ! Pour la Biennale, l'artiste relève le défi, décide de créer un filet aux proportions identiques à celles de la Tour, transformée en « une structure molle, appelée à disparaître. »

Sous l'eau, traînée par un chalutier pélagique. Le filet fait 300 mètres de long et son ouverture est un carré de 125 mètres de côté, exactement comme la base de son modèle en métal.

Cette création n'est pas un délire d'artiste : le filet est fait pour ramener du poisson. Il doit d'ailleurs être testé en mer, au large de la Turballe. « J'ai travaillé avec un ingénieur de la société Le Drezen qui fabrique des filets au Guilvinec, explique Nicolas Floc'h, avant de réaliser des essais, avec une maquette de 3 mètres de long et 1,25 mètre d'ouverture, dans les bassins d'Ifremer à Lorient. »

Compression de Tour à Rennes

Sorti des chantiers du Guilvinec, le monumental filet existe bel et bien. Mais, le plus fascinant, c'est qu'on ne le verra jamais.

Du moins dans son ensemble. Trop grand. Il ne se déroulera complètement qu'en mer, sous l'eau, à l'abri des regards. Frustrant ? « Non
, estime l'artiste. Je trouve intéressant que cette oeuvre, très concrète, garde une part de mystère, qu'elle soit aussi à imaginer. » A Rennes, le filet est exposé, pendant la Biennale, au musée des Beaux-Arts. En tas. Comme une compression de la Tour Eiffel.

Le visiteur découvrira aussi des plans, des maquettes, des photos permettant d'appréhender toute la genèse du projet. « Il est, pour moi, l'occasion de sensibiliser l'opinion à la crise de la pêche, ajoute Nicolas Floc'h. Comme la Tour Eiffel, ce secteur économique fait partie de notre culture, de notre patrimoine. Que la pêche disparaisse n'est pas imaginable. »

Xavier Timbo ne peut qu'applaudir des deux mains. « Dès que Nicolas nous a exposé son idée, nous avons été partants, assure le vice-président du comité local des pêches de la Turballe. Même si, à cause du prix du gazole, traîner régulièrement un tel filet reviendrait à trop cher. Ceux que nous utilisons aujourd'hui sont au moins deux fois plus petits. »

En revanche, la référence aux formes de la Tour Eiffel est, elle, assez conforme à la réalité.

Nicolas Floc'h a aussi travaillé avec l'agence rennaise de communication Le Gouës et associés.

Pour annoncer l'événement, des portraits de personnalités, ayant participé au projet, mises en scènes avec des poissons (!), vont fleurir en ville sous forme d'affiches. « La Tour pélagique » de Nicolas Floc'h aura donc, de bout en bout, étroitement associé le monde de l'art et celui de l'économie, de l'entreprise.



Benoit LE BRETON.

Ouest-France

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