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Pour Alan, actuellement recruteur de donateurs chez Aides, il s'agit de son troisième contrat chez ONG Conseils. Ils sont jeunes, beaux et souriants. Pourtant, on essaye tout le temps de leur échapper. Equipés d'une veste ou d'un t-shirt fluo, d'une plaquette et d'un stylo, ils vous guettent lors de vos pauses-déjeuners ou lors de votre sortie de boulot. Lorsqu'ils vous ont repéré, impossible de les éviter. « Vous avez cinq minutes jeune homme ? Vous connaissez le travail de notre association ? lance l'un de ces chasseurs de tête, toujours ultra-poli et courtois. Vous êtes pressé ? Pas de souci. À bientôt jeune homme. »
Désormais incontournables dans les endroits stratégiques de la ville, comme la place de la Mairie ou la rue Le Bastard, ces chevaliers de l'humanitaire tentent, coûte que coûte, de récolter des fonds pour une organisation caritative. Qui sont-ils ? Des recruteurs de donateurs. Que représentent-ils ? Des ONG hyperconnues tels que Médecins du Monde, Action contre la faim, Unicef ou Aides. Mais qui se cache donc derrière ces t-shirts monochromes ?
Pas de prime
Dans cette armée caritative, aucun bénévole. Tous sont salariés et gagnent près de 10,30 € brut de l'heure avec, en bonus, des tickets restos. « On est payé un peu plus que le Smic, c'est plutôt pas mal comme boulot. On travaille en plein air, on va vers les gens... », raconte Sabrina, l'une de ces recruteuses de donateurs. « C'est un travail agréable. Et puis, travailler pour une cause comme la prévention contre le sida, c'est intéressant », ajoute un recruteur de chez Aides. Leur mission ? Convaincre les passants d'accepter un prélèvement mensuel, minimum 6 €.
Bien qu'ambassadeurs de différentes structures, ces chasseurs de dons sont pourtant tous employés par la même société, ONG Conseil, une SARL parisienne spécialisée dans « la collecte de fonds de rue ». Cette entreprise collabore, en tout, avec seize associations à but caritatif à qui elle vend « des heures de travail ». Sur le terrain, chaque équipe de recruteurs est composée d'une dizaine de personnes. Pour ces salariés, les contrats sont courts : les missions durent, en moyenne, cinq semaines.
C'est le cas de Sabrina. Originaire du sud-ouest, la jeune femme, qui a jusqu'à présent enchaîné les contrats dans le domaine de la vente, est en mission pour un mois à Rennes. Un premier CDD qu'elle pense et espère renouveler par la suite. « Si je fais cela, c'est autant pour le côté agréable du boulot que la cause qu'on peut servir », explique-t-elle en ajoutant avoir déjà été bénévole dans une association locale.
Ce type de profil, ONG Conseils affirme le privilégier lors de son recrutement. « Les postes sont ouverts à toute personne motivée par la cause. Ce que nous voulons, ce sont des professionnels engagés », explique Jonathan Jérémiasz, l'un des gérants de la société. Qualités requises : « Audace, énergie et bonne expression orale. » Pour les recruteurs, officiellement, pas d'obligation de résultats. « Si la personne se bat, elle a sa place, indépendamment de ses chiffres », affirme Jonathan Jérémiasz.
Semblant tous parfaitement rodés aux techniques du marketing, ces recruteurs de donateurs reçoivent-ils des primes en cas de fortes collectes ? « Non, pas du tout. Ma paie ne bouge pas selon mes résultats, répond Sabrina. Mais, sinon, faire partie de nos donateurs, c'est dans tes disponibilités ? »
Julien MARCHAND.