Malgré la crise, le vinyle tire son épingle du jeu
Même si la fréquentation est en baisse, et n'atteint plus les 2 000 visiteurs, la convention rennaise reste très prisée.
A la 24e convention du disque, à la halle Martenot, les professionnels notent un net regain d'intérêt pour le vinyle.
Pierre vient de racheter une platine « je suis un fan d'analogique. À l'écoute, ce n'est pas pareil. Je suis davantage electro et reggae, les petits craquements, c'est sympa ! » Hier, à la 24e convention du disque organisée par Banana Juice et Les Enragés, halle Martenot, il a fait affaire « Un remix d'un groupe electro anglais et puis j'ai fait confiance à un vendeur de dub. J'ai acheté deux 45 tours de Barry Issac que je vais découvrir. » François, Dj, a lui aussi fondu sur des vinyles : « Je recherche des vieux disques plutôt connus, pour les jouer : Michael Jackson, The Clash, Boney M, Pink Floyd, ça change de l'electro que l'on entend partout. »
Et à en croire les professionnels, c'est une vraie tendance. Le vinyle est de retour: « Bien sûr, ça ne reviendra jamais comme avant, mais on voit de plus en plus de clients dire je rachète une platine, confie Frédéric, professionnel normand. La preuve, même des labels étrangers rééditent du vinyle. » Alors bien sûr, les collectionneurs sont toujours là, « mais on a une nouvelle clientèle qui achète pour l'écoute. En plus, c'est un bel objet, attrayant, intéressant et résistant. »
Martine Coulon, de la Sarthe, spécialisée dans la pop rock des années 1970, acquiesce: « Et c'est plus sain. Il ne s'agit plus de spéculation, de mettre de côté des pièces rares. Ils achètent car ils aiment la musique, le groupe. C'est un univers qui fait rêver. »
Reste que les moyens ne sont plus les mêmes: « Il y a quelques années, les grosses galettes se vendaient, aujourd'hui, on met 10 à 20 € par disque. Les jeunes ont un petit pouvoir d'achat, il faut se mettre à leur portée. » Le disque vinyle redevient un objet de consommation « comme il l'était à l'origine. Il était fait pour les gens qui n'avaient pas un fort pouvoir d'achat. Ce n'était pas un objet de luxe ». Au niveau des CD, ce sont les artistes connus ou alors les disques vendus à très petits prix qui partent le mieux, « il n'y a plus de budget pour la découverte. »
La convention de Rennes, la 5e de France, a encore accueilli 80 exposants. Le rendez-vous est très attendu même si la fréquentation a baissé un peu. « Il ne faut pas dramatiser, mais c'est la crise » commente Fabrice Delaunay, l'un des organisateurs. L'essence, le péage, l'hôtel, certains exposants qui viennent de loin hésitent. Il y a aussi moins de visiteurs : « certains préfèrent commander sur internet. On subit... Pour certains, acheter un disque, ça devient incongru, c'est comme payer une place de concert. Ici, pourtant on peut passer la journée. » Entre le neuf, l'occasion et tous les styles de musique, les oreilles ont de quoi se régaler. « On regarde, on discute, on achète... Les disquaires sont compétents. Et c'est toujours utile d'avoir un conseil. »
Agnès LE MORVAN.
Ouest-France