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Manifestation, le 29 mai, des ouvriers de Citroën réclamant le respect des libertés syndicales. : Archives Ouest-FranceMai 68, à Rennes comme à Paris, ce ne fut pas le printemps d'une France qui s'ennuie, contrairement à ce qu'écrivait le journaliste Pierre Vianson-Ponté dans Le Monde. Ce fut un désordre organisé. Dans la capitale bretonne, le véritable coup d'envoi des grèves et débrayages fut donné par les cheminots le 20 mai.
Les jours suivants, bien d'autres entreprises et services lui emboîtent le pas : Eternit, Central Sanit, Renault, Garnier, Oberthur, la caisse d'allocations familiales, la raffinerie Antar à Vern-sur-Seiche, les douanes, de nombreuses entreprises du bâtiment (Novello, Pouteau, Guérin...), de l'habillement (Sapitex, Strauss...), Fairchild (électronique), les transports Drouin... Et la liste n'est pas exhaustive.
Mais à la différence de Paris, en ce printemps 68, le lancer de pavés et le jet de gaz lacrymogènes ne devinrent pas les sports les plus pratiqués du moment.
Quelques heurts eurent bien lieu. Le 31 mai, aux Chèques postaux, environ 15 % du personnel désirent reprendre le travail et les gendarmes interviennent à coup de grenades lacrymogènes. « Il y avait pourtant une majorité de personnel féminin, se souvient Marie-Claude Rubin, une indéboulonnable gréviste qui avait alors 26 ans. Mais les forces de l'ordre, elles, ne faisaient pas la différence. »
Ailleurs, il fallut aussi jouer les gros bras. Au sein de l'entreprise de métallurgie Grenier-Charvet qui était occupée « on a repoussé les cadres à plusieurs reprises. En guise de munition, on avait un tas de charbon. Je vous prie de croire qu'on les attendait », sourit aujourd'hui Daniel Collet, fraîchement élu délégué du personnel CGT le 13 mai 68.
De légers affrontements ont encore lieu, le 31 mai, près de la mairie, entre gaullistes et anti-gaullistes. « Les uns criaient : Français dans la rue ! L'Unef à Pékin ! Les autres : De Gaulle interdit de séjour ! A bas l'Etat policier ! », rapporte alors Ouest-France. Pour autant, dans les rues de la capitale bretonne, il n'y eut pas ces barricades qui « ferment la rue mais ouvrent la voie ».
Distribution de choux-fleurs
Dans ce climat de révolte et d'improvisation, ce qui après coup frappe les esprits, c'est l'organisation dont font preuve les grévistes. Le front syndical de grève met sur pied un comité de ravitaillement en lien avec les agriculteurs.
Des équipes composées d'étudiants et d'ouvriers se rendent dans les fermes jusqu'à 30 km à la ronde. Et pour éviter tout abus ou fraude, le centre départemental des jeunes agriculteurs munit les collecteurs d'un mandat signé des syndicats.
Mieux encore. Le 23 mai, les cheminots, avec l'accord de la préfecture, immobilisent 91 wagons en gare de Rennes contenant près de mille de tonnes de choux-fleurs en provenance de Saint-Pol-de-Léon et de Saint-Malo, dont une partie sera ensuite vendue et distribuée.
Côté carburant, la pénurie provoque des embouteillages aux stations services. L'essence est distribuée au compte-gouttes. Le 29 mai, Ouest-France rappelle ainsi que seules les stations prioritaires seront ravitaillées : « Ces stations seront pourvues d'un signe représentant, l'un une croix rouge, l'autre une fourchette et un couteau », lit-on dans le journal.
Le premier symbole est alors réservé aux véhicules de santé ; l'autre aux transporteurs de produits alimentaires. Les syndicats, eux, remettent des bons d'essence aux militants qui ont besoin de se déplacer. Au final, malgré les accords de Grenelle (25-27 mai 1968), les ouvriers ne reprendront pas le travail immédiatement.
Cette reprise s'étalera sur un mois. A l'ORTF, l'un des derniers lieux à reprendre le travail à Rennes, la grève ne cessera que le 24 juin.
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