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Vendredi, l'entrepreneur rennais Bruno Caron, patron du groupe alimentaire Norac (Daunat, Whaou, La Boulangère), a visité le couvent des Jacobins. L'édifice historique accueillera en 2008 la biennale d'art contemporain dont Norac est le principal mécène. Le couvent des Jacobins est caché derrière le haut mur qui borde la place Sainte-Anne, à l'angle de la rue d'Échange et de la rue de Saint-Malo. « Un endroit magique, chargé d'histoire... C'est ici qu'ont eu lieu, en 1491, les fiançailles d'Anne de Bretagne et de Charles VIII », rappelle Bruno Caron.
Inconnu du grand public, ce puissant et discret entrepreneur est le principal mécène de la future biennale d'art contemporain de Rennes, qui aura lieu du 16 mai au 20 juillet 2008. Son idée : installer des oeuvres d'aujourd'hui dans ce couvent du XIVe siècle, classé « monument historique ». Propriété de Rennes Métropole, qui a donné son accord, l'édifice est pour l'instant fermé au public.
Un industriel passionné d'art
Diplômé d'HEC, Bruno Caron, 54 ans, est le président-fondateur du groupe alimentaire Norac (anagramme de son nom), dont le siège est à Rennes. Norac, ce sont les sandwiches Daunat, les crêpes Whaou, les viennoiseries La Boulangère, la biscuiterie Le Ster...
Le groupe alimentaire, né en 1989, rassemble aujourd'hui une quinzaine de sociétés et emploie 2 400 personnes. En 2006, il réalisait un chiffre d'affaires de 450 millions d'euros.
Mais Bruno Caron n'est pas que le roi du sandwich. Grand collectionneur d'art, il est également membre de la commission chargée des acquisitions au Fonds national d'art contemporain (le Fnac). L'entrepreneur a aussi racheté, l'an dernier, le mensuel Arts Magazine, en difficulté, dont il est désormais le directeur. Norac soutient déjà de nombreuses initiatives artistiques, comme L'alignement du XXIe siècle, la sculpture monumentale d'Aurélie Nemours au quartier de Beauregard.
Budget prévisionnel de la biennale de Rennes : 2,2 millions d'euros. Pour concrétiser le projet, Bruno Caron a créé l'an dernier l'association de mécénat Art Norac. Celle-ci apporte près de la moitié du budget, avec 1 million d'euros, complété par d'autres mécènes privés à hauteur de 341 000 €.
Un mécène impliqué
Un financement important, favorisé par « la loi d'août 2003 relative aux dispositions fiscales sur le mécénat », indique l'entrepreneur. Mais Bruno Caron entend être un mécène impliqué dans le projet artistique, pas juste un pourvoyeur de fonds.
Après appel d'offres, Art Norac a décidé de confier la réalisation de la biennale à la jeune commissaire d'exposition indépendante Raphaëlle Lejeune (association Art to B). La dimension sociale de son projet Valeurs croisées a convaincu : « Le thème est la création de valeur par le travail. »
La biennale se renouvellera, comme son nom l'indique, au rythme d'une édition tous les deux ans. Baptisée « Les Ateliers de Rennes », elle a l'ambition d'être un événement d'envergure européenne. Le couvent des Jacobins en sera le coeur, et elle rayonnera en huit autres lieux culturels de la ville (1).
Les oeuvres d'une soixantaine d'artistes contemporains, français et étrangers, seront montrées. Sculptures, peintures, photographies, vidéos ou installations, elles auront en commun de « questionner les relations entre l'art et l'économie, entre l'art et l'entreprise ».
Corinne BOURBEILLON.
(1) Musée des Beaux-Arts, école des Beaux-Arts, La Criée, Institut d'études politiques, Université de Rennes 2, centre culturel Colombier, MJC Le grand Cordel, Le Triangle.