Le magasin l'Encrier écrit sa dernière page
Jean-Jacques Henry, le patron et Sandrine Noël, employée depuis l'origine du magasin.
Le bail n'est pas renouvelé par le propriétaire. La boutique, implantée rue Edith-Cavell depuis 24 ans, ferme. Encore une institution qui disparaît.
C'est la liquidation. Le propriétaire ne renouvelle pas le bail. Jean-Jacques Henry n'a droit qu'à l'indemnité d'éviction. L'Encrier est rayé d'un trait de plume. Car trouver un autre lieu à Rennes est difficile « un bon emplacement ne court pas les rues et il faut payer en 170 000 à 200 000 € de droit d'entrée... » Alors Jean-Jacques Henry en a pris son parti. Il continuera sous une autre forme en ouvrant un site internet marchand consacré aux tampons décoratifs, cachets à la cire et calligraphie.
Déjà en 1996 quand Jean-Jacques Henry reprend la boutique montée un peu plus tôt par Monette Perier, c'est une reconversion : « J'étais cadre à l'export dans le sport, non reclassable. » En doublon pendant deux ans, Jean-Jacques Henry se forme et recentre son activité sur le monde de l'écriture. Au côté des stylos, il développe la maroquinerie, livres blancs, calligraphie, cachets à la cire, tampons décoratifs et accessoires reliés pour la réalisation de faire part. « Cela a permis de rajeunir la clientèle, avec des couples qui venaient pour leur mariage, la naissance du bébé ! »
Et, Jean-Jacques Henry est devenu intarissable sur les stylos : « L'esthétique et la technique sont intéressantes. L'inconvénient est le gros stock avec un taux de rotation faible. Le même stylo peut rester des années. »
Il y a les classiques mais aussi quelques originalités comme ce stylo à la plume rétractable, ces stylos courts et trapus qui ont adopté la tendance cocooning, le stylo porte-mine multifonctions ou encore le Sérénité « qui se paye le luxe de ne pas être droit... »
Le petit préféré de Jean-Jacques Henry, c'est le stylo à pompe, équipé d'un piston qui permet de le recharger d'encre.
Comme un bijou
Les matières ont évolué. On trouve des stylos acryliques aux couleurs chatoyantes, mais aussi en plexiglas, laiton, aluminium, titane, céramique, bois... L'achat du stylo a changé aussi : « La femme est la principale acheteuse. Pour son sac à main. Le stylo est comme un bijou, souvent fantaisie et renouvelé régulièrement. » L'homme a pris de la distance : « Avec l'ordinateur, il s'en sert moins, les perd et passe au jetable. Il y a 20 ans, un homme d'affaires avait son stylo-plume or. Ce n'est plus vrai aujourd'hui. » Reste le Mont Blanc, « symbole de la réussite sociale et de l'élite. Tous les étudiants en médecine signaient leur thèse, les avocats prêtaient serment avec un Mont-Blanc. Encore aujourd'hui, il n'y a pas un traité qui n'est pas signé avec un Mont-Blanc. Le stylo pris par Nicolas Sarkozy en Roumanie était encore un Mont-Blanc ! Si vous en offrez un, on sait que vous avez cassé votre tirelire ! »
Reste que le stylo est comme le chapeau, il est personnel, ne se prête pas et illustre la personnalité : « Certains me disent celui-là fait stylo de notaire ou de ministre. Beaucoup restent fidèles au type du stylo qui leur a été offert à leur première communion. Et puis, il y a un rapport tactile. On teste son poids, son volume, il y a les stylos chauds, froids... Et on essaie la plume. Contrairement à d'autres produits, peu de stylos se vendent via internet. »
Rue Edith-Cavell, ce sera fini le 15 juin prochain.
Agnès LE MORVAN.
Ouest-France