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L'interdiction totale de la vente d'alcool sera examinée au Parlement à l'automne. Si certains assurent avoir anticipé une future législation, d'autres se disent sceptiques. : Archives Jean-Michel NiesterEt pour cause. L'interdiction totale de la vente d'alcool aux mineurs a été préconisée, jeudi, par la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot. Ce futur projet de loi devrait être établi dès 2009. Les peines pour le vendeur en faute pourraient atteindre un an de prison et 15 000 € d'amende.
L'objectif gouvernemental est clair : dissuader les adolescents de pratiquer le binge drinking, qui consiste à boire beaucoup en peu de temps. L'efficacité d'une telle mesure dépend évidemment de son application sur le terrain. Les commerçants en seront les garants via des contrôles d'identité.
La législation devancée
A Rennes, certains assurent avoir déjà devancé la législation. « Avant 18 ans, chez nous, on ne vend ni bière, ni vin. On demande systématiquement la carte d'identité. Cela fait trois ans que c'est en place même si parfois les jeunes ne sont pas contents », explique Mickaël Simoneau, directeur du Leader Price, situé boulevard de la Liberté.
Malgré la bonne volonté affichée, le système reste perfectible. Un test effectué le prouve. Raphaël, 17 ans, réussit sans souci à acheter une canette de bière de 50 cl à 4,8 % d'alcool. L'échange à la caisse est court, sans aucun contrôle : « Bonjour, 54 centimes s'il vous plaît, merci. »
Cette enseigne n'est pas la seule à déclarer avoir déjà intégré la future loi. A Carrefour Alma, on annonce anticiper l'interdiction. « Une directive nationale de Carrefour empêche les mineurs d'acheter n'importe quelles boissons alcoolisées. Des affiches qui expliquent l'interdiction sont mises en place dans les rayons en question. Et des contrôles ont lieu en caisse lorsqu'il y a un doute, affirme un membre de la direction. Mais les contrôles ne peuvent pas être systématiques, on a une centaine de caissières. » La preuve, un nouveau test permet à Amélie, 16 ans, d'acheter sans être inquiétée une bière de 50 cl à 5,2 % pour moins d'un euro.
« Toujours des parades »
Dans les bars, également concernés par le projet Bachelot, on reste sceptique quant à l'efficacité du système. « Les jeunes trouveront toujours des parades. Ils ne viennent pas se saouler dans les bars, ils n'ont pas le budget. Nous ne sommes pas les coupables. Et puis, contrôler l'âge n'est pas facile, ils peuvent faire plus vieux », explique Denis, patron d'un bar du centre-ville.
On doute aussi de la mesure dans les épiceries. « Ce ne sera efficace que si il y a une réelle application, estime Patrick, qui travaille dans une petite épicerie du centre. Mais il y aura toujours des failles avec certains commerçants. Le tabac est interdit aux mineurs. Et pourtant, ils arrivent à s'en procurer. »
Julien SELLIER.