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Le commissaire européen à la Justice, Jacques Barrot, et le capitaine Charles Poitou, qui dirige le centre de rétention administrative de Rennes. : Joël Le GallRENNES. - Des étrangers qui s'ennuient sous un chaud soleil. D'autres qui discutent avec les six gendarmes qui partagent leur quotidien. Le terrain de sport est désert. Derrière ces grillages, des locaux neufs. Tout est calme. C'est un peu « l'anti-Vincennes » que le commissaire européen à la Justice, l'ancien ministre Jacques Barrot, a visité, hier, à deux pas de l'aéroport de Rennes-Saint-Jacques.
Le centre de rétention administrative (Cra) n'a qu'un an d'existence. Il couvre tout l'ouest de la France, mais il est loin d'être surpeuplé. « La capacité est de soixante personnes, nous en avons actuellement trente. Vingt-huit hommes et deux femmes. Il n'y a pas eu d'enfant en 2008 », précise le capitaine Charles Poitou, qui dirige le Cra. Parmi ces étrangers en situation irrégulière, quatre Chinois et autant de Turcs. Les autres sont originaires d'Afrique du Nord ou d'Afrique noire, d'Albanie ou de Moldavie... « Ils restent douze jours en moyenne. » Avant d'être expulsés.
En contact avec les avocats
Et s'ils refusent de monter dans l'avion ? Le tribunal de Rennes les condamne à un ou deux mois de prison ferme. Ces étrangers connaissent alors la prison de Rennes - la vraie - avec sa vétusté et son entassement. Avant de revenir au Cra, souvent. C'est un cercle vicieux. « En France comme dans l'Europe des vingt-sept, 35 % seulement des reconduites à la frontière aboutissent », rappelle Jacques Barrot.
Le commissaire européen visite des « pavillons » à la propreté irréprochable, avec caméra, sauf dans les chambres. Le médecin, Benjamin Mordelet, « possède l'art de déstresser ceux qui arrivent », complimente une des deux infirmières. Un centre à taille humaine ? « Vincennes, c'est beaucoup trop grand. Ici, on peut suivre la situation de chaque retenu », résume le capitaine Poitou. Même si le Cra a vécu, depuis un an, une tentative de suicide. Et quelques autolacérations.
Le médecin parle russe, anglais et italien. Jamila Ez-Zenkari, elle, pratique l'anglais, l'arabe et l'espagnol. Elle est employée par l'Anaem (1). « J'aide les retenus, je leur fournis des vêtements, une carte téléphonique pour les plus pauvres, des infos pour l'aide volontaire au retour au pays. » Quant à Mathilde Maglia, elle travaille pour la Cimade (2). « Mon rôle : faciliter l'exercice des droits des étrangers, par le contact avec leurs avocats rennais. »
Dans son dialogue avec Jacques Barrot, Mathilde Maglia ne manque pas l'occasion de rappeler que la Cimade, comme bien d'autres associations d'aide aux sans-papiers, « est opposée à la directive européenne qui porte à dix-huit mois la rétention administrative potentielle ». Le commissaire européen admet que ce texte n'est « pas tout à fait satisfaisant. » En France, la durée maximale de rétention est de 32 jours.
Michel TANNEAU.
(1) Association nationale d'accueil des étrangers.
(2) Service oecuménique d'entraide.