Prévoir des jeux de lumière sur la façade, en guise de « geste inaugural », n'était pas une bonne idée. Du moins, en plein jour. A 18 h, hier soir, l'inauguration du TNB rénové a donc démarré par un « flop ». Pas de quoi perturber une Christine Albanel d'autant plus souriante que la petite cinquantaine de manifestants, ayant répondu à l'appel de la CGT du spectacle, était maintenue à l'écart, avenue Janvier.
Accueillie avec déférence par des élus aux petits soins, la ministre de la Culture a eu droit à une visite complète du bâtiment. Une heure d'amabilités, avant les discours sur la scène de la salle Vilar. Et l'envoi de quelques flèches politiques.
Premier à dégainer : le maire Edmond Hervé qui prend tout le monde à contre-pied en s'interrogeant :
« Comment peut-on affirmer que « les racines de la France sont essentiellement chrétiennes ? », dit-il, en
faisant référence à un discours récent de Nicolas Sarkozy.
« Elles sont au moins « judéo-chrétiennes ». Les Juifs ont payé assez cher pour qu'on ne les oublie pas. Ne faisons pas preuve d'intolérance à l'égard des millions de musulmans qui vivent en Europe. » Et toc !
Moins surprenant, mais tout aussi efficace à l'applaudimètre, le ton très grave, adopté par Didier Le Bougeant, quand il se dit
« inquiet et peiné. » Et pourquoi donc ? Le vice-président du conseil général se souvient de
« De Gaulle décrétant une journée de deuil national à la mort de Paul Valéry, de Pompidou citant Eluard et de Jacques Chirac, de la poésie japonaise. Aujourd'hui, le président de la République ne salue pas la disparition de Julien Gracq et semble abandonner toute ambition pour l'art en France. »
« Une ville inventive »
A ses prédécesseurs à la tribune, Christine Albanel s'est bien gardée de répondre. La ministre a surtout tenu à rendre hommage à « Rennes, une ville, depuis toujours, inventive », à l'équipe du TNB qui,
« pendant les trois années de travaux, a maintenu une programmation audacieuse ». Hommage aussi
« aux comédiens d'exception », issus de son école, dont
« le collectif des Lucioles, implanté à Rennes et qui brille sur toutes les scènes de France. » La ministre a préféré se placer sur le terrain de l'émotion culturelle. Un choix plutôt judicieux, hier soir, juste avant l'entrée sur la scène de Vilar, de Patrice Chéreau et de Dominique Blanc qui ont lu « La douleur »,
« ce cri d'amour, lucide et déchirant, de Marguerite Duras. »
Ce samedi, de 10 à 18 h, et dimanche, de 10 h à 15 h, tout le monde peut visiter le nouveau TNB. Dimanche soir, le bâtiment fermera, à nouveau, ses portes pour trois semaines. Les aménagements intérieurs, notamment des salles de spectacle, ne sont pas achevés. Et le déménagement de l'administration du TNB, du site de Ropartz jusqu'à la rue Saint-Hélier, est prévu pour le 20 février. Le nouveau TNB n'ouvrira définitivement que le lundi 3 mars avec « Ice », la nouvelle création du chorégraphe François Verret, salle Vilar.
Benoit LE BRETON.
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