Édition du mardi 13 mai 2008
Bruno Caron, industriel, mécène et collectionneur
À l'origine de la Biennale d'art contemporain de Rennes, ce chef d'entreprise rennais souhaite
lancer un pont entre l'art et l'entreprise.
Bruno Caron, 56 ans, diplômé d'HEC (Hautes Études commerciales), est le président-fondateur du groupe alimentaire Norac (l'anagramme de son nom). Il est aussi un collectionneur d'art. « J'ai rencontré l'art contemporain par les galeries. Yvonne Paumelle, qui dirige la galerie Oniris à Rennes, a joué pour moi le rôle de médiateur. L'art contemporain paraît d'abord hermétique... »
La galeriste s'en souvient : « Il a commencé vers 1989. Il était très curieux, posait beaucoup de questions et achetait régulièrement. »
D'abord intéressé par Pierre Soulage, Geneviève Asse ou Loïc Le Groumellec, l'entrepreneur, installé à Rennes depuis 1986, voyage beaucoup et s'enthousiasme pour la figuration américaine. « J'aime l'art abstrait en France et l'art figuratif aux États-Unis », souligne-t-il en souriant. Il ajoutera la photographie conceptuelle, notamment.
Les installations attirent moins son attention. Pour cet esthète, l'oeuvre est l'essentiel. « Je ne cherche pas à connaître les artistes, même si je ne refuse pas de les rencontrer, bien sûr, ni à visiter les ateliers. J'aime conserver une distance, ça laisse libre ma subjectivité. »
Même s'il a racheté en 2006 Arts Magazine, qui était en difficulté, Bruno Caron n'est pas non plus un lecteur assidu de revues ou de livres de spécialistes. Cela dit, « le débat sur le statut de l'art contemporain » l'intéresse.
Il s'y engage activement en participant aux travaux de la commission du Fonds national d'art contemporain depuis 2006.
Ce collectionneur original, qui n'a que faire de montrer ses trésors ou de se bâtir un « mausolée » d'oeuvres contemporaines, cherche « la rencontre ». Collectionner, pour lui, ce n'est pas « accumuler des objets », c'est accumuler des expériences. « Je me souviens des circonstances dans lesquelles j'ai acheté chacune des oeuvres que je possède. Parfois, c'est aussi important que l'oeuvre même. C'est comme un bon repas. Parfois le menu importe moins que les convives... » La montée d'adrénaline, c'est de « s'approcher de la création ». Ce mystère qui fascine. Il y a de ça chez les vrais entrepreneurs aussi. Nous voilà loin des trophées dont certains remplissent coffres-forts ou hangars.
« La société est devenue présentiste, regrette-t-il. On accorde de la valeur à ce qui se fait aujourd'hui, seul le présent importe, le tout de suite compte, le regard historique est perdu. Avec cette Biennale, nous ne sommes pas là. Notre approche est plus modeste. Nous nous intéressons à la rencontre de l'art et de l'entreprise, donc au monde du travail. »
Bruno Caron reconnaît que la loi sur le mécénat de 2003 est pour beaucoup dans l'idée de créer cette biennale. « C'était l'occasion de lancer une passerelle entre l'entreprise, dont l'image est mauvaise en France, et la vie sociale, avec un intérêt financier. » À quelques encablures du vernissage, l'entrepreneur note : « Ces deux mondes se parlent... C'est très positif ! »
Cela n'a pas été facile, mais l'horizon s'ouvre, pour cette première Biennale qui va attirer sur Rennes l'attention des amateurs d'art.
Gérard PERNON.
Ouest-France