Ponant : le témoignage d'un ex-otage
Kevin était de veille radar au moment de l'attaque. Il témoigne du sang froid de l'équipage du Ponant.
Le Malouin Kevin Cochois, officier de bord du Ponant est resté une semaine aux mains de pirates somaliens. Il raconte.
Témoignage
Le piège. « J'étais de quart. J'ai vu un bateau au radar par notre travers, qui a ensuite stoppé devant notre route à une quinzaine de kilomètres. Nous sommes au courant du mode opératoire des pirates. J'ai aussitôt alerté le commandant de cette présence suspecte, pour demander à m'écarter de 4 milles, plus que pour une marge anti-collision habituelle. Le chalutier a continué de s'approcher. Il a mis à l'eau deux embarcations légères qui ont foncé sur nous. Nous n'avions aucun moyen de nous échapper.
L'abordage. Nous avons fait rentrer tout le personnel féminin. Nous, les hommes, on s'est montré avec des manches à incendie, pour tenter de les dissuader. Les assaillants, une dizaine d'hommes, ont tiré des coups de semonces en l'air. Nous avions laissé flotter des cordages à l'arrière pour contrarier une attaque, mais ils ont lancé une échelle de corde au milieu de notre navire. En vingt secondes, ils étaient à bord.
Les pirates. « Nos agresseurs avaient entre 18 et 25 ans. Ils ne maîtrisaient absolument pas l'anglais. Plus tard, lorsqu'on a mouillé en Somalie, ils ont fait venir un (mauvais) traducteur. À ce moment-là, ils étaient plus d'une trentaine à bord. Dans la première phase, ils étaient très tendus, mâchant sans arrêt de l'herbe de khat pour rester éveillés. Mais ils se sont montrés respectueux de notre condition d'otage. Ils nous ont expliqué qu'ils avaient 80 attaques de bateaux à leur actif. Arrivés pieds nus et déguenillés, ils sont repartis avec nos vêtements, nos téléphones portables, et les parfums des femmes. »
Des incidents. « Un jour, deux embarcations - des concurrents ! - légères ont tenté de s'approcher, et ont été écartées par des tirs des pirates. Un autre jour, un de nos surveillants qui jouait avec son arme automatique a lâché une rafale de 5 balles dans une vitrine. L'interprète a tenu à nous préciser qu'il s'agissait d'une négligence. »
Les conditions de détention. « Nous avons été rassurés de voir qu'ils nous regroupaient sur l'arrière, hommes et femmes, ce qui a permis de rester soudés et de se remonter le moral. Nous avions un médecin parmi nous, qui nous a aidé à gérer le stress et le manque de sommeil. Avec le commandant, nous avons réussi à instaurer, au bout de 24 heures, un système permettant d'accéder à la nourriture et aux toilettes. Puis, au bout de 48 heures, aux douches. Nous savions que l'attente avait duré un mois et demi pour un remorqueur qui avait été attaqué avant nous. On a tout fait pour leur expliquer que la France agirait rapidement, et sans violence. »
Recueilli par Gérard LEBAILLY.
Au moins sept membres d'équipage du Ponant étaient originaires de l'Ouest: Thibault Garrec et Médéric Levaltier sont Finistériens, Quentin Thiébaut et Thimothée Stramba-Badiali sont Costarmoricains. Céline Lahorte est Vendéenne et Morgan Raimbault est Angevin.
Ouest-France